Poésies, plaisir du verbe.
Phase 1. Ils ne sont pas venus prendre de mes nouvelles. Il sont venus un matin me chercher chez moi.
Porte. Fauteuil roulant. Des mains, des mains qui me soulèvent, une légère pression dans le dos au départ du mouvement, quelques secondes mortes s'échappent déjà de mon âme ; il neige, je m'en
souviens, les flocons me caressent les lèvres, l'antre m'absorbe, on m'avale pour toujours. Je me souviens...
Le chemin me paraissait déjà long. Les arbres défilaient à travers la vitre embuée et leur image s'effaçait déjà un peu plus, la lumière peinait à traverser les vitres fumées, tout disparaissait,
se brouillait, des larmes me coulaient sur les joues. Toute une vie à venir, mais laquelle ? Et puis, je dois lutter, comme j'ai toujours fait, mais en plus dur, je ne me sens pas bien. Je ne
comprends pas. Je sens que je bave. Bon sang ! Ils ont mis le paquet... Un gamin de seize ans ! Je suis chargé comme un mulet. Faudra que je penses à remercier le colonel pour le voyage. Il doit
être en train de se marrer, il a du jouir tendrement de ce petit spectacle, préparer toute cette mise en scène… J'entrevois son petit manège maintenant et la surprise qu'il tenait tant à me
faire. Quel enfoiré ! Quel type suffisamment dingue peut attendre autant de temps pour mener à bien un coup comme celui que je vis en ce moment ?
Tout à coup, plus rien. Le noir total. Un noir absurde. Un noir dont on ne se souvient pas, le cuir noir de cette voiture noire, l'obscure destin qui s'accroche à moi comme une verrue.
Un formatage rapide et précis du temps. On me gomme...
A chaque respiration, le corps s'emplit, le corps tout entier s'absorbe, s'avale, s'ingère. Peu après, il s'expulse dans un cri de dépit intime rejetant son propre organisme essoufflé,
distillant l'eau de sa propre existence infime.
Pendant ce temps violable et inhibé, où machinalement il décide de lui-même cette expulsion, s'installe le plaisir d'évanouir, de répandre toute son angoisse : chimère envoutante, réceptacle du
silence, autel des songes. Je mesure dans ce court instant l'instabilité du plaisir dérobé en enfermant ce cri, l'antre grande ouverte et muette à la fois.
Epongeant l'espoir de ne plus en sortir, je savoure chaque instant où mon cœur s'arrête avant de reprendre ; chaque occlusion, chaque absence est anonyme. A cet instant je pénètre dans mon corps.
L'intérieur est vide de sens mais la lumière ne me transperce pas qu'à peine. Trace de ce qui est en devenir n'est rien, cyanosé temporel ; fruit trop mûr au stade où l'être qui sommeille en lui
est déjà pollué, la tête prise dans l'étau que forment ses deux oreilles, mes yeux m'observent, corps étranger, ex-stase, damiers se chevauchant : perception astrale de tout mon être, je
fuis en avant...
l'Angoisse : c'est l'ascension d'un petit escalier ne reposant sur rien, sur lequel il n'y a rien, et autour duquel l'envie de ne plus repartir s'impose. On ne vit que de petits décès simulés
stimulant le battement irrégulier de ses pas sur ses marches en attendant le chyle...
Tomas Sanech.. Journal d' Ailleurs, mars 2021
Une sorte de cuve me sert de caveau.
Les pensées en zigzags sont celles qui hésitent entre l'hémisphère droit et l'hémisphère gauche. Je ne retrouve pas l'équilibre.
Je dois être dans une pièce ovale, ou dans un grand cocon.
Bonjour, m'a-t-on dit ? Je distingue une forme dans le... la pièce.
- Je suis docteur, n'ayez pas peur.
- Je ne vois pas pourquoi j'aurais peur. lui dis-je. Je ne vois presque rien d'ailleurs, je... je vois trouble, et le jour n'est pas un bon jour, j'ai la gerbe !
- Calmez vous, tout cela va passer, ce ne sont que des effets secondaires, et comme tout bon effet secondaire qui se respecte, il est indésirable. Je repasserai tout à l'heure.
Je perdais connaissance...