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Poésies, plaisir du verbe.

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Journal d'Ailleurs - Chapitre II

Leurs infiltrations quotidiennes, c'est un peu de venin qui me maintient en vie et qui me prépare à affronter mon destin, à moins que ce ne soit la mort à p'tites doses qui entre chaque jour un peu plus dans mes veines.

Faudrait un jour tout expliquer ! Dire au monde entier que les gens comme moi sont déjà morts, et que de vouloir les maintenir en vie à l'état de légume-automate c'est dégueulasse.

Pour satisfaire leur serment à la con ils vous gavent, vous infiltrent, vous pénètrent, violent, s'insinuent dans les méandres de votre système vasculaire ; une autoroute toute tracée pour faire leur besogne immonde. A votre avis, combien de temps peut tenir le mental avant que le corps décrépit ne cède ? Il arrive que le corps lâche prise en premier et c'est là qu'ils échouent, comme tout ce qu'ils ont entrepris jusqu'alors.
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Je m'appelle Tomas.
Tomas Sanech.
Il y a 10 ans on m'a dit que j'étais atteint d'une sorte de dégénérescence cellulaire qui altère mon système vasculaire. Du coup, mon corps ne cesse de manifester son instabilité. Marche pas bien la p'tite pompe ! Enfin, pas de façon systématique. Alors de temps en temps le palpitant se bloque, dérape, et finit dans le platane.
Je ne suis plus qu'une vieille bagnole sur qui on tente désespérément quelques réglages bidons. A quand le grand mécanicien de l'artère...

Tout ce que les médecins savaient c'est qu'ils ne pouvaient rien faire pour moi à part me coller un placébo par-ci et un coup de sirop par-là.
Le stade très avancé de ma maladie ne présageait rien de bon. Ne pas savoir c'est quand même la plus belle saloperie qui existe. Quoique connaitre l'heure de sa mort n'offre pas beaucoup plus de réjouissances.
Et puis voilà qu'il y a cinq ans, on me dit tout à coup que je peux changer de vie, si j'accepte pas mal d'argent. Je me disais que ça devait bien cacher quelque chose sinon on aurait évacué tout mon mal dans les règles de l'art. Ils voulaient que j'en parle à personne. Je me suis méfié. J'ai attendu quelques temps et puis, finalement je me suis décidé à demander une rallonge et de voir des papiers. S'ils étaient signés, je faisais le grand saut dans l'inconnu.

Je rentrais d'une petite livraison quand, devant la maison, j'ai vu une bagnole noire, vitres noires, austère garée comme une merde à cheval sur le trottoir et la route bordée de lilas. Je ne voyais que leurs ombres devant ma porte, ils se tenaient droit comme des "i" comme s'ils avaient poussés là dans la nuit.

Ils étaient venus à trois. Un militaire, un autre type, genre intendant, et probablement un scientifique. Faciles à reconnaitre les scientifiques, ils ont une tache de stylo sur la poche de leur chemise. Un archétype que j'ai pu vérifier par la suite. Ils changeaient de blouses aussi souvent que les BI. On aurait dit trois membres d'une gentille petite association de quartier, qui s'occuperait de gars dans mon genre. Ceux qui vous rendent visite avec un sourire et une part de flan à la crème. Le président, le secrétaire et le trésorier.


     - Vos récents séjours à l'hôpital McMullan ont fait de vous le patient idéal Monsieur Sanech. En effet nous travaillons depuis de nombreuses années sur un tout nouveau prototypage de séquençage ADN. Nos récents travaux ont révélés que nous pourrions commencer à travailler nos expérimentations sur un sujet qui aurait les mêmes caractéristique que les vôtres. Vous savez comme nous que cette maladie ne court pas les rues et encore moins les hôpitaux. C'est pourquoi Monsieur Sanech, nous nous sommes permis de venir vous en parler personnellement. J'espère que notre venue impromptue ne vous dérange pas. Pouvons-nous entrer ?

Ils ont commencé à me vendre leur baratin habituel, pansements par-ci, bandelettes par-là, shoot maousse pour les aléas en fin de parcours. Enfin la routine quoi ! Sur ce, je leur demande ce que ça peut bien me rapporter à moi... à part guérir... cela va de soi !

     - Vu que vous avez l'air sûr de votre coup, que font les militaires ici alors ?
     - Certaines recherches nécessitent un budget et une technologie que seul le gouvernement peut s'offrir mon garçon, et ce même gouvernement n'aime pas trop voir les chercheurs aller vendre leur découvertes à l'ennemi. Ce que vous devez comprendre, c'est que l'ensemble de cette opération est enfin prête et que vous correspondez aux sujets que nous recherchons. Ce projet n'a rien de commun. Vous entrerez bientôt dans le programme scientifique le plus audacieux de ces deux derniers millénaires ; vous devrez être prêt. Si vous ne l'êtes pas, adieu l'argent ! me lâcha le militaire d'un coup d'un seul.
     - Vous avez déjà gratté un jeux de loterie ? lui dis-je avec mépris. Pourquoi j'attendrais pas peinard que la chance me sourie, hein ? Votre programme, s'il est si efficace, il devrait voir le jour dans une dizaine d'année. Et puis si l'armée s'en mêle c'est que ça doit pas être tout propre non plus. Si vous voulez me convaincre, faudra faire un effort sur le tarif parce que maintenant que je suis au courant de votre petit projet, je pourrais tout aussi bien raconter tout ça à la presse. Je suis sur qu'ils en feraient leurs choux gras. Je veux 25000 de plus !( là il faut dire que je ne suis pas un chef en négo, je suis peut-être allé un peu vite en besogne...)
     - Vous n'avez pas le pouvoir d'attendre dix ans ! Vous ne savez rien du tout et vous auriez l'air d'un jeune con qui ne sait pas ce qu'il raconte. Nous aurions déjà disparu que vous seriez encore en train de vouloir convaincre les pisse-copies d'un pauvre canard local. Et pour ma part, je me ferais un réel plaisir de revenir un peu plus tard pour t'éclater ta petite cervelle à coups de pompes. Compris gamin ? Le colonel se tourna vers ses acolytes, puis vers moi.
     - Donnez-lui ce qu'il veut, mais s'il ne se tient pas à carreaux, on arrête tout ! D'accord petit ? Dit-il se retournant vers moi. Tu vas oublier tes petits tracas et tu vas faire gentiment tout ce qu'on te dit, ok ?

L'étoilé débitait ses phrases comme une mitraillette : déformation professionnelle, sans doute. Dans un coin de ma tête, je voyais ces deux globules arrachées à ce gros corps saignant qu'est l'industrie du soin expérimental et militaire. Je les regardais et je voyais une plaie ouverte, une société cataleptique, un ulcère à l'estomac de l'État, et moi ? Une simple croute sur le genou.


Au début, je ne les ai pas vu vraiment arriver avec leurs carottes. J'étais jeune et naïf. Et puis, la recherche, le pognon. Et puis, leur discours s'est fait un peu plus précis.
A l'époque, je n'avais pas un rond et je me démerdais pour bouffer. Ils n'ont pas eu beaucoup de mal à me convaincre.
Mes séjours répétés à l'hôsto. C'est donc là qu'ils m'avaient repérés.
"Cochez la case si vous voulez participer au programme de recherche" s'inscrivait dans ma tête comme du marc de café.
Ca représentait quand même un beau petit paquet de fric. Sur un compte à mon nom. Je ne pouvais y toucher qu'à ma sortie, et si j'y passais, je devais mettre un nom supplémentaire sur les papiers pour un éventuel bénéficiaire. Mes parents étaient morts il y a longtemps. Je vivais chez ma grand-mère qui, la pauvre, était complètement barrée. Alors, j'ai mis le nom et l'adresse d'un de mes cousins, un type brillant qui faisait des études dans l'administration. Le seul qui pourrait avoir besoin d'un coup de pouce le cas échéant.

     - J'accepte de tout mon cœur. Merci, mon colonel ! J'en ferai bon usage. lui dis-je avec le sourire.
Lui : sa main sur ma gueule.
     - Tu croyais tout de même pas que tu pourrais marchander sans quelque chose en retour. Si tu en veux d'autres faut pas te gêner, continue de faire ton mariole !
C'est vrai que je ne l'ai pas vue arriver. J'ai arrêté mes conneries et le secrétaire a sorti une série de papiers. Je me disais au fond de moi-même que c'était la baffe la plus chère qu'on m'ait jamais donné. Mais en même temps, j'ai emballé 25000 de plus que prévu rien qu'en prenant une tarte, qui peut en dire autant ? Un pauvre chanceux en grattant son tac-au-tac?!
Je signais tous leurs papiers en me retenant de me frotter la joue pour leur montrer que j'étais un vrai dur, et ils sont partis. Le militaire se retourna en se marrant. Ils reprendront contact avec moi.

 

 

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