A chaque respiration, le corps s'emplit, le corps tout entier s'absorbe, s'avale, s'ingère. Peu après, il s'expulse dans un cri de dépit intime rejetant son propre organisme
essoufflé, distillant l'eau de sa propre existence infime.
Pendant ce temps violable et inhibé, où machinalement il décide de lui-même cette expulsion, s'installe le plaisir d'évanouir, de répandre toute son angoisse : chimère envoûtante, réceptacle du
silence, autel des songes. Je mesure dans ce court instant l'instabilité du plaisir dérobé en enfermant ce cri, l'antre grande ouverte et muette à la fois.
Epongeant l'espoir de ne plus en sortir, je savoure chaque instant où mon coeur s'arrête avant de reprendre ; chaque occlusion, chaque absence est anonyme. A cet instant je pénètre dans mon corps.
L'intérieur est vide de sens mais la lumière ne me transperce pas qu'à peine.
Trace de ce qui est en devenir n'est rien, cyanosé temporel ; fruit trop mûr au stade où l'être qui sommeille en lui est déjà pollué, la tête prise dans l'étau que forment ses deux oreilles, mes
yeux m'observent, corps étranger, ex-stase, damiers se chevauchant.
l'Angoisse : c'est l'ascension d'un petit escalier ne reposant sur rien, sur lequel il n'y a rien, et autour duquel l'envie de ne plus repartir s'impose. On ne vit que de petits décès simulés,
stimulant le battement irrégulier de ses pas sur ses marches en attendant le chyle...