Parfois lorsque je meurs, je suis ce bout de barbaque digéré par les chiens, mais je n'aime pas mourir, et chaque fois que je meurs, je me réveille, et chaque fois que je me
réveille, je meurs. L'inconscient, ça vous amuse tant que ça ?
Dites-vous bien une chose, quand vous mourrez vous êtes conscient !
Elle est ce singe qui s'amuse avec mes lianes, et l'amusant, c'est lorsque la liane cède sous le poids incontrôlable des maux. A d'autres moments, j'oublie que je vis au raz de mes genoux, comme si
je ne rampais pas encore assez bas, pas assez pour que l'on me croie, je vais finir par m'étrangler avec le noud de mes lacets.
D'autres fois, je me joue aux cartes et je me pointe la virgule ; parfois, je suis une route parsemée de fleurs de couleurs fièvre à l'odeur vitreuse, comme les yeux d'un faciès confondant les
sens, un faciès s'ouvrant sur une porte s'ouvrant sur un four botanique éteint, automnal, rongé par la clope. C'est le cancer du temps mal digéré de la veille ; on m'a souvent dit de ne pas
respirer autant, cela peut être dangereux pour les yeux. Quand c'est comme ça, je m'enfourne une bonne lichée de verre, paraît que ça fait repousser l'orgueil.
Parfois aussi, je tue le téléphone d'un regard. J'aurais pourtant tout essayé : des cours de bonne santé à ma manière et inversement, mais rien n'y fit et il n'y finit rien. Il passait son temps à
me dégueuler dans l'oreille.
J'aime pas les mots, c'est trop salissant, il suffit de voir les ratures que ça fait sur une bouche mal éteinte, il faut bien, pour guérir, au moins six mois de chirurgie statique au scotch
silencieux.
Des jours, tout ce qu'on veut c'est dormir ; pas oublier, dormir : oublier c'est boire. ne plus avoir à la réalité physique, avoir peur de se réveiller, ne pas avoir à se souvenir, pouvoir accepter
l'extrême, la haine de soi, détester son propre corps en l'endormant.
Rester éveillé parfois, c'est mettre des heures pour ne pas avoir à s'approcher de la mort : tout est question de temps dans une journée de perdue.