Nous sommes arrivées à mesure que la vie nous a fait une place.
Nous nous retrouvions comme s'attirent quelques prédateurs au bord du lac, attisés par leurs fonctions ancestrales.
Nous avons connaissance de notre potentiel, nous sommes toutes
différentes mais nous ne cherchons pas à nous opposer les unes aux autres.
Nous avons offert nos plus belles années, nos plus beaux éclats.
Celles qui nous ont précédé ont forgé cette terre. Elles manquaient de force, dans l'apparence, mais elles ont ouvert le passage à nos nerfs brûlants de vives passions, à nos rêves d'ivoires...
Puis nous fûmes 32.
Nous ne vîmes la lumière qu'à la faveur de nos saluts.
Puis nous commençames à broyer nos ennemis. Nous aimions trop notre territoire pour le voir fouler par des parasites.
Et moi, j'ai grandit. Mon corps a fait place à une maturité millénaire, empreinte indélébile DNA de mon passage sur cette terre.
J'ai saigné parfois, me suis heurté souvent, mais jamais je n'ai ployé sous leurs assauts.
J'ai vu choir mes soeurs.
Trop d'entre elles se sont vues arrachées à la chair.
Ce soir, après avoir maintes fois accompli mon labeur, je regarde
mes soeurs, je me déchausse et je tombe.
Je ne chercherai pas à m'en sortir cette fois. J'ai fait mon temps ici, protègeant les arrières de mes soeurs plus fragiles.
Il ne restera plus qu'un trou béant, nulle n'osera se prendre pour moi. Qu'elle fut de métal, d'argent et même d'or.
Adieu mes soeurs d'ivoire. Je dois laisser passer les vents.